Démence vasculaire : bien la connaître pour mieux accompagner son proche.

Vous accompagnez un proche avec des pertes de mémoire ? Ne restez pas impuissant face au diagnostic.
Recevez vos activités adaptées pour stimuler son cerveau à domicile, même si vous n’êtes pas professionnel.

Comment savoir si c’est Alzheimer ou une démence vasculaire cérébrale ? Qu’est-ce que la démence vasculaire ? Comment diagnostiquer une démence vasculaire ?  Comment traiter la démence vasculaire ?

La démence vasculaire est la deuxième cause de démence dans les pays occidentaux, après la maladie d’Alzheimer. Comme elle concerne donc de nombreuses personnes, mais qu’elle n’est pas aussi souvent évoquée que la maladie d’Alzheimer, j’ai décidé aujourd’hui de consacrer un article à la démence vasculaire. Dans cet article, je répondrai aux questions que vous m’avez souvent posées !

Qu’est-ce que la démence vasculaire ?

La démence vasculaire est une forme de démence causée par des lésions cérébrales d’origine vasculaire. Ces lésions résultent généralement de maladies des vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau, telles que des accidents vasculaires cérébraux (AVC), des micro-infarctus, ou des maladies des petits vaisseaux sanguins.

Quelles sont les causes de la démence vasculaire ?

La démence vasculaire est causée par des dommages au cerveau dus à des problèmes de circulation sanguine. Elle peut survenir :

  • après un AVC ou plusieurs mini-AVC. Un AVC peut provoquer une hémorragie dans une partie du cerveau ou être causé par un caillot qui bloque un vaisseau sanguin, empêchant le sang de circuler correctement. Ces accidents peuvent endommager les cellules du cerveau et entraîner une démence vasculaire.
  • En lien avec une artériolopathie hypertensive, qui est une atteinte des vaisseaux et qui entraîne des zones de lésions au niveau du cerveau.
  • À cause d’hypotensions fréquentes. En effet, avec l’hypotension la pression sanguine n’est plus suffisante et le cerveau n’est donc pas suffisamment irrigué.
  • En lien avec une maladie de Binswanger qui est une maladie rare qui atteint le cerveau. La maladie de Binswanger se produit lorsquil y a une obstruction généralisée des petits vaisseaux sanguins dans la substance blanche (une zone profonde du cerveau). Souvent, elle est associée à une hypertension artérielle importante non stabilisée et à des troubles des vaisseaux sanguins dans tout le corps.

Pour réduire les risques de démence vasculaire, il est important de surveiller régulièrement sa tension artérielle pour éviter l’hypertension et l’hypotension. Il faut aussi adopter une alimentation saine pour prévenir le diabète, un facteur de risque d’AVC. Suivre des recommandations de santé comme faire de l’exercice et ne pas fumer aide également à prévenir les AVC et autres complications vasculaires.

Toutefois il y a certains facteurs contre lesquels on ne peut rien faire : l’âge et le sexe masculin sont des facteurs de risques pour les démences vasculaires.

Leucoaraïose et démence vasculaire :

La leucoaraïose est une condition caractérisée par des lésions de la substance blanche du cerveau, souvent visibles sur les IRM sous forme de zones hyperintenses. Il s’agit de ce que l’on appelle aussi une leucopathie vasculaire.Ces lésions sont généralement causées par des maladies vasculaires, telles que l’hypertension, le diabète, ou des maladies des petits vaisseaux sanguins.La leucoaraïose n’entraine pas forcément de troubles cognitifs ou de démence. Toutefois, a un stade avancé, elle peut avoir un impact significatif sur l’espérance de vie des patients, en augmentant le risque de démence vasculaire, d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de déclin cognitif. 

Comment diagnostiquer une démence vasculaire ?

diagnostic alzheimer démence vasculaire ou leucoaraiose

Les symptômes de la démence vasculaire

Les symptômes peuvent varier d’une personne à une autre. En effet, cela dépend des zones concernées par les AVC et autres troubles vasculaires. 

Toutefois, certains symptômes se retrouvent souvent et font penser à une démence vasculaire :

  • les troubles de l’humeur : ils arrivent rapidement dans le cadre d’une démence vasculaire. Plus de la moitié des personnes atteintes par cette maladie souffrent également de dépression.
  • Les troubles du comportement : la personne ne prend plus d’initiative dans ses activités, ne montre plus de signe d’émotion, ne s’intéresse plus à grand-chose…
  • les troubles cognitifs : il s’agit de trouble de la concentration, un trouble du jugement. La personne n’arrive plus à planifier, à s’organiser. Préparer un repas devient difficile, car elle ne prévoit pas ses ingrédients, ne prend pas compte des temps de cuisson et commence donc à cuisiner un long repas à l’heure où le repas devrait être servi.Il y a également des pertes de mémoire et c’est souvent suite à ce symptôme que la famille s’inquiète et incite la personne à consulter. 
  • les troubles neurologiques :  il s’agit de la conséquence des AVC au fil du temps, qui peuvent toucher des parties du cerveau qui servent à la motricité, au contrôle des émotions. Cela peut se caractériser par un membre qui perd en force, par une partie du visage paralysée, par des troubles de la déglutition. Mais cela peut également causer une incontinence urinaire, un passage du rire aux larmes sans raison.
  • des migraines, une fatigue importante.

 

Alzheimer ou démence vasculaire ?

Les personnes qui voient leur proche perdre la mémoire peuvent se poser la question du diagnostic. Est-ce que c’est Alzheimer ou une démence vasculaire ? Quelques éléments peuvent vous donner des indices. Toutefois, je vous rappelle que pour avoir un diagnostic et mettre en place les traitements et suivis nécessaires, il faut en parler avec le médecin traitant et les médecins spécialistes.

Les causes ne sont pas les mêmes : 

Les personnes qui ont une démence vasculaire ont également une athérosclérose, du diabète, des problèmes de tension ou des antécédents d’AVC.

Ce n’est pas forcément le cas des personnes qui ont la maladie d’Alzheimer.

Les symptômes ne sont pas les mêmes :

Même s’il s’agit de deux maladies neurodégénératives, les symptômes ne sont pas exactement les mêmes.

  • Les troubles cognitifs ne sont pas exactement les mêmes que ceux entraînés par la maladie d’Alzheimer.Dans une démence vasculaire, la perte de mémoire est moins importante, moins évidente que dans la maladie d’Alzheimer. Au tout début de la maladie, la mémoire est plutôt préservée.Ce sont surtout les troubles de l’attention ou de l’orientation spatiale qui sont le plus gravement touchés.Par ailleurs, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer perdent progressivement le langage, tandis qu’une personne atteinte d’une démence vasculaire a des troubles du langage, mais pas aussi prononcés.
  • Des troubles de l’humeur peuvent être retrouvés chez des personnes présentant une maladie d’Alzheimer, mais ne sont pas aussi fréquents que lors d’une démence vasculaire. Par ailleurs, dans la démence vasculaire, les troubles se manifestent très tôt, parfois avant même que les proches ne découvrent les troubles cognitifs.
  • Les troubles neurologiques et comportementaux sont des troubles que l’on retrouve dans la démence vasculaire et beaucoup moins dans une maladie d’Alzheimer. Mais il faut savoir que les personnes qui ont une maladie d’Alzheimer ont aussi parfois des lésions vasculaires, qui peuvent avoir pour conséquences une partie des symptômes de la démence vasculaire.

Les résultats d’imagerie ne sont pas les mêmes :

Sur les IRM d’une personne présentant une démence vasculaire, on peut voir que des zones du cerveau sont détruites, qu’il y a des « trous ». Ce n’est ordinairement pas le cas sur les IRM de personnes ayant la maladie d’Alzheimer.

L’évolution de ces maladies n’est pas la même :

La démence vasculaire évolue par à coups. À certaines périodes les symptômes seront stables, puis ils s’aggraveront brutalement. On parle d’une évolution par paliers.La maladie d’Alzheimer est plus progressive. Les neurones sont détruits progressivement et entraînent une diminution progressive des capacités de la personne atteinte.

Evolution de la démence vasculaire

La démence vasculaire évolue généralement par paliers, avec des périodes de stabilité suivies de déclins soudains.Au stade initial, les patients peuvent présenter des troubles légers de la mémoire et de la concentration, souvent accompagnés de troubles de l’humeur comme la dépression.

À mesure que la maladie progresse, les symptômes cognitifs s’aggravent, avec des difficultés croissantes dans la planification, l’organisation et le jugement.Les troubles neurologiques, tels que la faiblesse musculaire et les problèmes de déglutition, deviennent également plus prononcés.

Dans les stades avancés, les patients peuvent souffrir de pertes de mémoire sévères, de désorientation et d’une dépendance accrue pour les activités quotidiennes.La maladie évolue en 5 ans à 7 ans en moyenne à partir du diagnostic. Le décès est généralement lié à un AVC ou à un infarctus.  

Comment traiter la démence vasculaire ?

soigner la démence vasculaire

Malheureusement, il n’existe actuellement pas de traitement pour guérir les lésions cérébrales qui entraînent les symptômes. Il est donc actuellement impossible de faire disparaître les symptômes de la démence vasculaire lorsqu’ils sont déjà présents. 

Ralentir l’évolution de la maladie.

Par contre, il est possible d’intervenir pour empêcher l’évolution de la maladie. Pour cela, il faut empêcher les facteurs de risques de se développer.

  • Adopter une alimentation saine.
  • Surveiller son taux de sucre pour détecter précocement un diabète et le stabiliser grâce à un changement d’alimentation et un traitement. 
  • Éviter le cholestérol ou tenter de le réduire. 
  • Faire surveiller sa tension régulièrement et la corriger si nécessaire par un traitement, une alimentation moins riche en sel, des temps de relaxations.
  • Avoir un suivi régulier chez le cardiologue pour évaluer les risques cardio-vasculaires et opérer en amont s’il y a un risque d’AVC.

Cela demande un certain contrôle de la part de l’aidant.

En effet, il est donc très important de vérifier que malgré ses troubles, la personne atteinte de démence vasculaire prend bien ses traitements.

Il faut aussi avoir un oeil sur son alimentation. Comme la personne malade souffre de troubles du jugement et des émotions, il est préférable qu’il n’y ait pas trop de tentations alimentaires chez elle. Elle pourrait en effet manger beaucoup de biscuits ou d’aliments gras et s’énerver quand vous lui en ferez la remarque. 

Pour lutter contre les troubles cognitifs liés à la démence vasculaire 

Pour lutter contre les troubles cognitifs et retarder leur apparition et leur évolution, de la stimulation cognitive peut être proposée.

Cela peut être mis en place par une équipe spécialisée Alzheimer, un(e) orthophoniste ou un(e) ergothérapeute.

L’idée est de proposer des exercices ou petits jeux qui font appel aux fonctions cognitives. Ces jeux sont adaptés de manière à être légèrement compliqués pour la personne, de sorte qu’elle doive produire un effort. C’est le même principe que pour la musculation. Si la personne réussit l’activité trop facilement, cela ne la stimule pas beaucoup. À l’opposé, il ne faut pas non plus qu’elles soient trop difficiles. Cela ne ferait que mettre la personne en échec et ne lui donnerait pas envie de continuer ce soin. De plus, cela la dévaloriserait et renforcerait ses émotions négatives.

Si votre proche n’est pas en mesure d’être accompagné par un professionnel (pas de professionnels disponibles dans le secteur, raison financière, refus de la part du malade, etc.), ou s’il souhaite faire plus de stimulation, vous pouvez proposer à votre proche d’essayer la Méthode MALO. Il s’agit d’une méthode que j’ai co-créé avec une aidante familiale afin de proposer des activités adaptées aux personnes atteintes de troubles cognitifs qui sont simples à mettre en place par l’aidant en moins d’une heure par semaine.   

Lutter contre les troubles de l’humeur

Enfin, il pourra être proposé un suivi par un psychologue ou psychiatre pour lutter contre les troubles de l’humeur qui peuvent devenir invalidants et source de grandes souffrances pour la personne atteinte d’une démence vasculaire comme pour ses proches qui ne reconnaissent plus la personne dynamique qu’ils ont toujours connue. Parfois, un traitement sera proposé. Mais des thérapies et alternatives non médicamenteuses sont à essayer en premier lieu. En effet, les traitements contre l’angoisse et la dépression peuvent entraîner des effets secondaires tels qu’une hypersomnie ou de troubles de la mémoire. Les personnes atteintes de démences vasculaires sont souvent des personnes prenant déjà d’autres traitements de manière chronique et il est toujours mieux d’éviter de les multiplier pour éviter des interactions malheureuses entre deux molécules. 

L’importance de préserver sa vie sociale

Il est très important de préserver la vie sociale de la personne malade. 

  • Une vie sociale enrichissante est bénéfique sur le l’humeur de la personne. Il s’agit de moments hors du temps où la maladie ne captive pas toute l’attention de la personne. Ils donnent un but pour l’avenir et de jolis souvenirs du passé. 
  • La vie sociale est également très stimulante pour les fonctions cognitives. Il faut rester concentré quand l’autre personne parle pour pouvoir lui répondre. Il faut solliciter son langage pour comprendre et s’exprimer. La mémoire est mobilisée pour se rappeler du prénom et de la profession de son ami, mais aussi de ce que font ses enfants dans la vie. 
  • Sortir ou recevoir des amis donne également une bonne raison de faire sa toilette, de faire un peu de ménage. Cela maintient donc l’autonomie de la personne. 
  • Si l’aidant vit avec la personne atteinte de démence vasculaire, cela lui permet également de discuter avec d’autres personnes sans pour autant laisser son proche seul. Et il est très important que l’aidant ne s’isole pas. L’aidant doit avoir des plaisirs dans la vie, pour ne pas s’effondrer sous le poids de la responsabilité et de l’angoisse.

Si les amis se sont enfuis…

Malheureusement, les troubles du comportement de la personne malade peuvent mettre mal à l’aise. Certains amis réduiront leurs visites, leurs appels. 

Avec l’âge, peut-être aussi que les amis ont également leurs propres problèmes de santé. 

Dans ce cas, n’hésitez pas à sortir. Quelques mots à la boulangère en allant chercher son pain, ou une brève discussion au parc avec un promeneur qui balade son chien peuvent également faire beaucoup de bien. 

Vous pouvez également contacter les associations d’aidants autour de chez vous, qui organisent parfois des activités aidants-aidés. 

Ou proposer à votre proche de se rendre une demie-journée par semaine dans un accueil de jour, s’il existe dans votre secteur un groupe présentant le même niveau de troubles que lui.

Créer un environnement stable et des routines de vie

La personne a du mal à s’organiser. Même effectuer sa toilette peut devenir compliquer car elle peut oublier d’apporter ses vêtements dans la salle de bains, de faire chauffer l’eau. Elle peut enfiler ses vêtements avant ses sous-vêtements. Et elle peut tout simplement oublier de faire sa toilette, parce qu’elle aura du mal à placer cette activité à un moment dans sa journée. Et comme beaucoup de personnes atteintes de démence vasculaire souffrent de dépression, il se peut tout simplement qu’elle ne trouve pas la motivation d’aller jusqu’à la salle de bains. 

Avec des routines établies, la personne est rassurée. Elle sait ce qu’elle a à faire et quand le faire. Elle va se laver directement après le petit-déjeuner et n’a donc pas à trouver l’énergie de se motiver pour le faire à un moment quelconque de la matinée. 

Pour finir

Comme les aidants de personnes qui ont une maladie d’Alzheimer, les aidants de personnes qui ont une démence vasculaire peuvent avoir tendance à s’épuiser. Vous accompagnez votre proche au jour le jour pour pallier ses difficultés. Vous vivez dans le stress d’une évolution de la maladie. Vous ne savez pas à qui en parler. Surtout, ne restez pas seul avec tout cela !

Il existe des solutions pour avoir moins de tâches à charge. Des professionnels peuvent intervenir pour donner les traitements, faire les soins de toilette. Des structures existent pour que vous laissiez des professionnels s’occuper de stimuler votre proche durant une journée par semaine, ou durant quelques jours que vous pouvez utiliser pour faire votre propre suivi médical ou simplement partir en vacances.

Il existe également des associations qui pourront vous expliquer ce qu’est la maladie, vous permettre de trouver des oreilles attentives de personnes qui savent ce que vous traversez.Pour découvrir tout ce qui existe dans votre région, n’hésitez pas à consulter le CLIC (gratuitement) qui vous donnera des brochures de structures, vous éclairera sur les services et aides financières auxquelles vous pouvez prétendre, sur les associations qui se réunissent proches de chez vous…

N’hésitez pas également à me poser vos questions dans les commentaires, les réponses que je donnerai en aideront d’autres que vous.

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106 commentaires

  1. Une personne m’a envoyé votre article pour m’expliquer la maladie d’un ami commun. J’ai connu cet ami lors d’une hospitalisation en clinique psychiatrique. On était tous les deux en dépression et bipolaires ; donc, avec des troubles de l’humeur, des troubles cognitifs, des problèmes de concentration etc… Je me demande : si la démence vasculaire provoque ces symptômes, comment cela va se traduire pour une personne déjà dépressive et bipolaire (depuis longtemps) ?
    Je vous remercie pour toutes les informations « découvertes » dans votre article.

    1. Chaque personne est différente donc difficile de donner un avis sur l’avenir. Les deux maladies continueront d’évoluer parallèlement l’une à l’autre.
      Il va être important que votre ami soit suivi pour être sûr qu’il prenne bien ses différents traitements. Comme vous le savez, dans les phases maniaques la personne peut être tentée d’arrêter ses traitements car elle se sent en grande forme. Les troubles cognitifs (de la démence vasculaire ou des troubles psy) peuvent faire oublier de prendre les traitements.
      Donc un accompagnement sur ce point est très important pour stabiliser les différentes maladies (en plus bien sûr des autres soins non médicamenteux).

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