Amélie Wallyn

A L’AIDE ! Que faire si mon proche refuse les aides à domicile ?

Votre proche refuse les aides à domicile alors qu’il perd en autonomie ?  Vous êtes nombreux à m’expliquer que votre proche ne veut laisser entrer personne et refuse les aides à domicile. Comment faire alors ? Vous l’aidez certainement pour certains actes de la vie quotidienne, mais vous ne pouvez pas tout faire et pas tous les jours. Après tout, vous avez votre quotidien et tous vos tracas à gérer également.

De plus, en ce qui concerne les soins, vous n’êtes pas forcément habilité à les lui donner. Il faut donc trouver une solution pour que votre proche accepte les aides à domicile et laisse enfin entrer un professionnel chez lui ! 

Pourquoi votre proche refuse-t-il les soins et les aides à domicile ? 

refuse aide à domicile

Votre proche se contredit. D’un certain côté, il veut vieillir à domicile, comme 80% des personnes âgées. De l’autre côté, il refuse de faire entrer les soignants ou les aides à domicile qui peuvent l’aider au quotidien pour les taches ménagères. Mais pourquoi ? Il y a différentes raisons à cela.

Il est possible que votre proche refuse l’intervention d’un professionnel uniquement parce que c’est vous qui le suggérez. Rassurez-vous, ce n’est pas parce qu’il vous déteste et veut vous rendre la vie impossible. De nombreuses raisons peuvent expliquer son comportement :

  • Votre proche peut par exemple se sentir mal à l’aise à l’idée de voir que vous vous inquiétiez pour lui. En refusant le passage d’un professionnel, il affirme qu’il est en bonne santé et n’a besoin de l’aide de personne. Il reste ainsi à vos yeux une personne autonome, le parent qui s’occupe de l’enfant et non l’inverse.
  • Il peut également avoir un moment de recul face à une situation qu’on tente de lui imposer alors qu’il n’avait rien demandé. Quand on vieillit, l’entourage a tendance à nous imposer de plus en plus de choses. Par exemple, les visites sont organisées quand l’aidant a le temps, pas quand la personne âgée le souhaite. Les lieux de promenades sont en général choisis par la personne jeune, et même si elle pense choisir un lieu qui plaît à son aîné, elle ne lui donne pas réellement le choix du lieu. Cela s’accentue avec la perte d’autonomie. Les courses sont faites par l’aidant quand il en a le temps. Les produits choisis au magasin ne sont pas forcément les marques que la personne avait l’habitude de consommer. Le logement est réaménagé…
  • Enfin, il est possible que ce soit un des symptômes d’une dépression. 5 millions de retraités sont dépressifs et ils sont rarement diagnostiqués. 40% de ces retraités dépressifs entrent dans une relation d’opposition avec leurs proches.

Toutes les personnes âgées qui refusent l’intervention d’un professionnel à domicile ne le font pas par opposition à leurs proches.

  • La personne peut tout simplement être méfiante à l’idée de faire entrer un inconnu chez elle, parmi ses objets de valeurs et les traces de ses habitudes. Faire entrer quelqu’un chez soi n’est pas anodin. C’est un lieu où l’on accueille uniquement les proches, qu’ils soient de la famille ou des amis. Votre proche peut avoir peur de voir surgir des professionnels toujours différents et à des heures variables chez lui.
  • Il y a une raison qui m’a été donnée par de nombreuses personnes âgées :  elles ne veulent pas accueillir quelqu’un alors que la maison est en désordre. Pour les femmes d’un certain âge, c’est vraiment une gêne de ne pas pouvoir nettoyer et désencombrer le logement pour le rendre présentable, ou d’avoir de ne pas pouvoir aller acheter des petits gâteaux ou chocolat à proposer avec un café aux personnes qui viennent chez elle. Ainsi, j’avais de nombreuses dames qui étaient d’accord pour avoir une aide ménagère, mais qui en même temps ne voulaient pas que l’aide ménagère voie la maison si sale.
  • Votre proche peut refuser parce qu’il a peur du coût financier. Il ne sait pas forcément combien coûte le passage de tel ou tel professionnel. Et il ne faut pas oublier que beaucoup de nos aînés ont connu des temps difficiles, beaucoup d’entre eux ont toujours la peur de manquer.
  • Et enfin, il ne faut pas oublier que faire entrer un professionnel chez soi, c’est admettre que l’on vieillit et que l’on n’est plus capable de faire telle et telle chose. Une réalité qui peut parfois être difficile à accepter. Refuser de faire entrer quelqu’un chez soi, c’est retarder le moment où l’on sera devenu « vieux ».

Pourquoi il est impératif de réussir à convaincre votre proche ? 

Si votre proche refuse les aides à domicile et les soins, son maintien à domicile est menacé.
En effet, s’il n’a pas les soins dont il a besoin, son état de santé risque de se dégrader, entraînant des hospitalisations de plus en plus fréquentes. De même s’il ne reçoit pas l’aide dont il a besoin pour la toilette, les courses et les repas !  Il faudra alors penser à une entrée dans un établissement type maison de retraite, alors que votre proche souhaite rester à domicile. Cela aura un effet néfaste sur son moral, mais aussi sur votre relation, car il est possible qu’il vous tienne pour responsable de son entrée en institution.

Par ailleurs, sans en arriver à des conséquences aussi désastreuses, le refus de votre proche a un impact sur vous. S’il n’a pas d’aide de vie ou de soignant pour la toilette, vous allez peut-être faire ces tâches pour votre proche. Cela vous prendra du temps et de l’énergie. Du temps et de l’énergie que vous ne pourrez plus consacrer à vos enfants, votre travail, vos loisirs ! Les aidants négligent souvent leur vie personnelle et leur santé pour préserver la santé de leur proche. Au risque de craquer un jour, malheureusement. 

Refus d’une aide à domicile, comment le convaincre ? 

alzheimer refus aide à domicileVous avez probablement l’impression d’avoir tout essayé et vous êtes à bout. Si tel est le cas, soufflez un peu et laissez votre proche souffler également. Entamer la discussion avec les sourcils froncés et la lassitude dans votre voix ne vous aidera pas à obtenir de bons résultats. 

Entamez plutôt cette conversation difficile dans un moment où vous vous sentez détendu et où votre proche est de bonne humeur. Après un bon moment ensemble, plein de complicité et de confiance. 

Ensuite, essayez une approche personnalisée en fonction des craintes de votre proche et de la raison de ses réticences. Je vous liste différentes idées ci-dessous.

En fonction de la raison pour laquelle votre proche refuse de faire entrer quelqu’un chez lui, il y a différentes solutions que vous pouvez essayer :

  • Discutez avec votre proche calmement. Il ne faut surtout pas vous énerver s’il commence par refuser. En effet, il aura l’impression d’être grondé pour ne pas vous avoir obéis. Ce qui le mettra en colère contre vous, puisque le parent c’est lui, qu’il n’a pas à vous obéir (et parce que dans sa tête, vous devriez même être celui qui obéit).
  • Expliquez-lui les avantages pour vous : moins d’inquiétude, de fatigue, plus de temps libre pour vous occuper de vos enfants ou de vos projets.
  • Expliquez les avantages pour lui : moins de fatigue, une meilleure santé, une énergie conservée pour faire des activités plus agréables…
  • Faites-lui comprendre que le temps que vous passez chez lui à faire le ménage, vous pourrez l’utiliser pour passer de bons moments avec lui. Vous pourrez discuter, aller au restaurant, faire de la pâtisserie. C’est important que votre proche n’ait pas l’impression que cette nouvelle aide vous permettrait d’éviter de passer du temps chez lui ou avec lui. 
  • Dites-lui qu’il a le choix, que ça ne presse pas et laissez des plaquettes ou informations chez lui lorsque vous repartez. Votre proche va peut-être y réfléchir une fois qu’il sera seul et qu’il aura toutes les informations en main. Certains points peuvent le rassurer : la possibilité de choisir les horaires de passages, d’avoir une ou deux personnes référentes qui viennent, les tarifs de la prestation ou les éventuelles prises en charge par la sécurité sociale…
  • Si votre proche est embarrassé par l’état de son logement, peut-être pouvez-vous convenir de faire avec lui (et éventuellement ses petits-enfants ou ses autres enfants) un grand ménage de printemps. Votre proche ou la nouvelle aide ménagère s’occuperont ensuite de l’entretien.
  • Proposez à votre proche une « période d’essai ». Dites-lui qu’il arrête tout si ça ne lui convient pas. Faites attention à négocier une période d’essai assez longue, pour qu’il ait le temps de s’habituer au passage de la personne et peut-être même de sympathiser avec elle. Il se peut en effet que votre proche veuille tout arrêter après le premier passage qui peut être gênant puisque ni le professionnel ni votre proche n’aura ses habitudes.
  • Demandez-lui s’il serait d’accord pour aller rencontrer le professionnel à son cabinet. Cela lui permettrait de faire connaissance avec cet inconnu en dehors de son propre logement. Après avoir rencontré le professionnel, avoir vu son cabinet, peut-être que votre proche aura plus confiance.
  • Demandez au médecin d’expliquer à votre proche pourquoi ce passage à domicile est important pour sa santé, pourquoi ça lui serait bénéfique. Beaucoup de personnes ont un grand respect pour leur médecin et ne croient que lui. Ils sont intimidés par la blouse blanche. C’est peut être le cas de votre proche qui écoutera plus les conseils du médecin que ceux de son fils/de sa fille qui n’est pas dans la santé.
  • Vous pouvez en parler au professionnel qui doit intervenir. Il a certainement l’habitude de ce genre de réactions, car je vous assure que c’est fréquent ! Quand on travaille au domicile, on a notre valisette d’arguments avec nous !  Vous pouvez par exemple négocier avec votre proche de laissez entrer le professionnel pour un rendez-vous de présentation un jour où vous êtes présent. Le professionnel déploiera alors ses armes de persuasion auprès de votre proche s’il y a besoin (car finalement, bien souvent, une fois que nous sommes entrés la personne âgée est contente et se lie avec nous).
  • Une aidante m’a également parlé d’une autre astuce qui fonctionnera pour certaines personnes. Pourquoi ne pas dire à la personne âgée que cela permet de donner un travail à une personne qui serait en difficulté sans cela. Parler des taux de chômage importants. Ainsi, votre proche n’est plus celui qui est aidé, mais celui qui aide. Un bon échange de service. 

Vous voyez, il existe un tas de possibilités !  Pensez bien que votre proche n’est pas le seul à refuser de laisser entrer quelqu’un chez lui. C’est tellement fréquent que j’ai développé une méthode pour que les aidants puissent eux-mêmes faire de la stimulation cognitive auprès de leur proche âgé qui commence à perdre la mémoire ou qui a une maladie d’Alzheimer. 


Malgré tout, les professionnels arrivent bien souvent à intégrer le quotidien des personnes âgées. Il faut juste du temps, faire les choses sans brusquer votre proche et le laisser prendre de nouveaux repères. Et quand on y pense, c’est tout à fait naturel. Comment réagiriez-vous si votre mari vous demandez du jour au lendemain de faire venir un/une inconnue pour faire votre ménage ou votre toilette en vous expliquant que c’est parce que vous ne le faites plus bien ?

 

A propos de l'auteur Amélie Wallyn

Ergothérapeute et co-auteur de la méthode MALO, je partage mes conseils et outils pour vous aider à maintenir votre proche à domicile le plus longtemps possible !

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    • Bonjour Rose, vous avez raison, mais vous pourriez faire preuve d’un peu de bienveillance (juste une phrase exclamative, cet ordre est tellement sec !). Si vous êtes comme ça avec votre proche, ça risque d’être compliqué… Moi je trouve que le fond est toujours très intéressant. Merci Amélie !

  • Article très intéressant. Mon épouse a subi un IRM cérébral en janvier : leucoraiaose Fazekas 2. Actuellement elle est hospitalisée mais lors de sa sortie elle devrait bénéficier d’une aide ménagère dans l’attente de l’examen du CD de son IRM par un neurologue de Strasbourg et d’une téléconsultation avec ce praticien. Nous attendons avec impatience. Pour l’instant, j’assume mais ce n’est pas facile car mon épouse présente de grosses confusions mentales et il y a des jours beaucoup plus difficiles que d’autres. Je pense sincèrement que la méthode Malo pourrait m’aider, mais je me sens obligé d’attendre la téléconsultation du mois de juillet. Je précise que je suis seul avec elle et que nous sommes âgés de 72 ans.
    En tout cas, merci pour vos articles que j’ai tous lus avec attention.

    • Bonjour,
      Le mois de juillet arrivera vite. Elle est surement perturbée par son hospitalisation et il faudra un peu de temps pour qu’elle retrouve ses marques au domicile, surtout s’il y a du changement dans l’organisation. Vous serez ensuite aiguillée par le neurologue et une assistante sociale pour éventuellement mettre en place plus d’aides, en fonction du diagnostic. Peut-être pourra-t-elle aussi avoir un suivi paramédical.

  • Toujours de bons conseils et une approche qui permet de maintenir une relation de qualité aidé/aidant. Merci

  • ménage de printemps ,courses, repas, ,podologue, sorties, j’assume tout ,ma mère de 90ans refuse toutes aides pour « menage repas, toilette…

  • Vos conseils sont parfait pour une personne qui comprends. Mais pour un malade Alzheimer c’est autre chose. On ne peut pas lui faire entendre raison…

    • Avec une personne atteinte d’Alzheimer, il est possible de ruser. Par exemple, de venir avec l’intervenant(e) les premières fois et ne pas le ou la présenter comme un(e) professionnel. La personne s’habituera doucement à sa présence.
      Il ne faut pas non plus dire à la personne malade d’Alzheimer que le professionnel est là pour l’aider ou le soigner, car elle n’a pas conscience d’être malade. Il faut plutôt dire que c’est un cadeau, ou que la personne est envoyée par la sécu pour les personnes d’un certain âge (si la personne a conscience d’être âgée), etc.

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